Carolingiens (Les Grands Articles d'Universalis)

 

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ISBN : 9782341007207

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Carolingiens (Les Grands Articles d’Universalis)


Introduction

Le nom de la seconde dynastie des rois francs lui vient de son représentant le plus illustre, Charlemagne. Les Carolingiens s’emparent de la royauté en 751 à la suite d’un coup d’État qui permit à Pépin le Bref d’éliminer le dernier Mérovingien. Son fils Charlemagne unit sous son autorité la plus grande partie de l’Occident chrétien et fut couronné empereur par le pape Léon III le 25 décembre 800. L’Empire dura jusqu’au traité de Verdun de 843 qui le divisa en trois parts, au bénéfice des trois petits-fils du grand empereur. Dans la seconde moitié du IXe siècle, Charles le Chauve, puis Charles le Gros tentèrent de reconstituer l’unité, mais, condamnées par la conjoncture, ces deux tentatives (875-877, 880-887) furent éphémères et les forces centrifuges l’emportèrent finalement en 887. Cette date marquera donc la fin de la présente étude, bien qu’en Allemagne les Carolingiens règnent jusqu’en 911 et qu’en France ils disputent le trône aux Robertiens pendant tout un siècle encore (887-987) ; on peut même remarquer que les rois d’Italie jusqu’en 962 et ceux de Bourgogne jusqu’en 1033 se rattachent par les femmes à l’illustre lignage.

Le terme « carolingien » désigne aussi une forme de civilisation commune à l’Occident, au seuil du Moyen Âge. Après les siècles des invasions barbares, la réorganisation du royaume franc par Pépin le Bref et Charlemagne conduisit à une extraordinaire éclosion artistique. Elle s’est manifestée dans tous les domaines, principalement en architecture et en peinture (fresques et enluminures), peut-être moins en sculpture monumentale. En revanche, les ivoires sculptés, les arts somptuaires en général, atteignent une qualité incomparable. Les œuvres réalisées entre 780 et l’invasion des Normands servirent de base à toute l’évolution artistique de l’Occident. Bien des formules ébauchées alors virent leur plein épanouissement deux siècles plus tard, après les réformes monastiques qui régénérèrent la vie religieuse en Occident au cours du Xe siècle.

À l’époque de Charlemagne, l’architecture, plus que les autres arts, exprime les aspirations élevées de la poignée d’hommes qui réorganisèrent le royaume. Elle illustre d’ailleurs de manière saisissante les changements intervenus dans la pensée religieuse de l’époque, et notamment dans la liturgie.

1. De la naissance à la dislocation de l’Empire

• L’ascension de la famille carolingienne

L’ascension de la famille carolingienne commence au début du VIIe siècle, où paraissent les deux ancêtres du lignage, appartenant tous deux à l’aristocratie austrasienne, Pépin de Landen, possessionné en Ardenne, dans la vallée de la Meuse entre Namur et Liège et en Brabant, et saint Arnoul, évêque de Metz, dont les biens patrimoniaux s’étiraient entre Metz et Verdun. Ils furent l’un et l’autre dans l’opposition à la reine Brunehaut et rallièrent au roi neustrien Clotaire II l’aristocratie de la Gaule du Nord-Est (613). Le mariage de leurs enfants Begga et Anségisel unit deux fortunes terriennes et donna au lignage une fortune considérable. Si saint Arnoul abandonna bientôt la vie politique pour se retirer au monastère de Remiremont où il mourut vers 626, Pépin fut maire du palais du fils de Clotaire II, Dagobert, au temps où celui-ci gouvernait en sous-ordre l’Austrasie (623-629). Son fils aîné Grimoald exerça la même fonction, toujours en Austrasie, aux côtés du fils de Dagobert, Sigisbert III, et se crut déjà assez fort pour pousser son propre fils à la succession de ce roi. Mais il se heurta au légitimisme mérovingien et sa tentative échoua (662). Le chef du lignage fut dès lors Pépin II, fils d’Anségisel et de Begga, dit Pépin de Herstal, dont la fortune foncière s’accrut encore grâce aux biens que lui apporta sa femme Plectrude dans la région de Trèves. Au cours de la grande crise que traversa le royaume franc dans le dernier tiers du siècle, il s’efforça d’abord de préserver l’autonomie austrasienne contre Ebroïn, puis, après la disparition de celui-ci (680), il réussit à vaincre les Neustriens à Tertry (687) et à se faire reconnaître maire du palais pour l’ensemble du royaume par le roi mérovingien Thierry III. L’Autrasie a donc été le tremplin de sa fortune politique.

Elle demeura le réservoir de forces du lignage, maintenant que l’unité franque était en principe rétablie sous un régime destiné à durer encore trois quarts de siècles : le roi régnant nominalement et à côté de lui le chef politique réel, le maire du palais, qui prend le titre de duc ou de prince des Francs. Peu s’en fallut cependant que ce régime ne s’effondrât quand Pépin mourut en 714 : sept ans furent nécessaires au dernier de ses fils vivants, son bâtard Charles Martel, pour s’imposer et poursuivre l’œuvre de son père.

L’action de Charles Martel (721-741) consista surtout à rétablir l’unité du royaume franc qu’un demi-siècle de guerres civiles avait fortement ébranlée. Dans le cadre de cette entreprise se situe, en particulier, la brillante victoire de Poitiers que le duc des Francs remporta sur les Arabes qui avaient envahi l’Aquitaine (732 ou 733). Qu’il suffise d’évoquer ici l’instrument de la reconquête carolingienne : une armée nombreuse et dévouée, constituée par la clientèle austrasienne de Charles Martel et largement pourvue par lui en terres ecclésiastiques et monastiques. L’Église allait connaître ainsi une sécularisation sans précédent, accompagnée d’un bouleversement profond de ses structures.

Media

Bataille de Poitiers. La bataille de Poitiers, au cours de laquelle Charles Martel arrêta, en octobre 732, les troupes musulmanes d'Abd al-Rahman, fut magnifiée au XIXe siècle pour soutenir la politique coloniale de Louis-Philippe en Algérie, l'épisode illustrant le rôle traditionnel de la France comme défenseur de la civilisation chrétienne. Charles Steuben, La Bataille de Poitiers, 1837, huile sur toile. Galerie des Batailles, Musée national du Château et des Trianons, Versailles. (E. Lessing/ AKG)