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Away get away
You're such a freak
It's what people say to me
Different, too different
I'm scared of judgement
Your insults and your slanders
stick on to me...

Loïc Nottet, « Million eyes », Selfocracy, 2017

PROLOGUE

Bonjour, moi c’est Max, j’ai dix ans, je suis de taille moyenne pour mon âge et même si j’ai beau être gourmand, ma corpulence reste, elle aussi, dans la moyenne. J’ai les cheveux bruns, coupés courts, des yeux marron, le physique type d’un enfant « normal » et passe donc facilement inaperçu dans la foule.

Je suis de nature plutôt patiente, sincère et clairvoyante... un peu solitaire par moment.

J’habite à Jandrenouille, un petit village de campagne, avec ma famille. Il y fait très paisible et j’adore aller faire de longues balades en overboard. D’aussi loin que je me souvienne, même entouré de gens, je me suis toujours senti seul, différent et pas sur la même longueur d’onde que mes camarades.

À travers ces quelques pages, c’est mon histoire et celle d’autres enfants tout aussi différents que je vais vous raconter.

PREMIÈRE PARTIE
TERRIEN EN DÉTRESSE

CHAPITRE I

Ce matin, je sillonne dans les rues de Namur, je vais sur le marché avec mes parents. Il fait un peu froid, mais le soleil brille, c’est une agréable journée.

Au stand de légumes « Marché du monde », les personnes ne changent que très rarement, c’est bizarre.

Même si le gérant a changé plusieurs fois cette année, les employés sont restés fidèles au poste, toujours aussi aimables et souriants avec les clients contrairement aux autres commerçants présents. C’est la raison pour laquelle c’est un des meilleurs du marché.

Encore une autre chose bizarre à mes yeux : chaque semaine, les emplacements changent, nous forçant à traverser l’entièreté du marché pour retrouver nos stands préférés. Serait-ce une astuce commerciale ?

Voilà quinze minutes que nous sommes près des échoppes installées le long de la route.

Mon esprit est sans cesse sollicité. Stop ! Stop ! Et RESTOP ! Avec tous ces camions, à la fin de la journée, je vais devenir sourd. Ne pourraient-ils pas éviter de circuler le dimanche ? Il y a déjà assez de nuisances avec les ados qui se disputent cent mètres derrière moi et le gérant qui dispute ses employés au stand « Mieux acheter, mieux manger » trois cents mètres devant moi. Ma tête va exploser.

Mes parents m’annoncent enfin la fin des courses. Hop dans la voiture et retour à la maison…

CHAPITRE II

Je monte m’isoler dans ma chambre, il y fait calme et elle est bien rangée, je m’y sens bien. Maman vient me voir et me demande pourquoi je boude. Je lui explique que j’ai simplement besoin de silence, mais elle n’a pas l’air convaincue. Elle ne comprend pas…

Tiens, je pensais avoir mis mon ordinateur portable à charger… Il faut croire que j’ai dû oublier de le brancher. Ce n’est pas grave, je m’occuperai de cela plus tard, je jouerai un autre jour. En attendant, je m’installe sur mon lit et je lis une revue.

Les heures ont défilé et voilà déjà le moment de rejoindre les autres pour le souper.

Ce soir, au menu : pâtes bolognaises accompagnées de parmesan : c’est un de mes plats préférés en dehors des frites.

Le repas s’est passé calmement au rythme des conversations familiales. C’était un délice.

J’aide maman à ranger la table avant de retourner à mes occupations. Mon silence l’embête, elle me pose un tas de questions auxquelles je réponds que j’ai juste besoin de calme…

Demain, l’école recommence déjà !

Heureusement, c’est lundi, je commence par deux heures d’informatique. Ça permet un démarrage du cerveau tout en douceur. On y apprend la manipulation d’un ordinateur, mais comme j’en ai un à la maison, c’est assez simple de suivre le cours.

L’école n’est pas un endroit où je me sens spécialement bien. C’est un nid à problèmes pour moi. Quelle que soit la raison, j’en ressors souvent fautif et exclu. Cela a le don de provoquer beaucoup de colère en moi, mais plutôt que de réagir avec agressivité, j’ai décidé de m’isoler.

Ne croyez pas que je le fasse de gaieté de cœur, non, lorsque que je ne supporte plus la situation, il n’est pas rare que cela amène à des crises de larmes.

Pour le moment, c’est plutôt calme. Cela fait même longtemps qu’il n’y a pas eu « d’histoires ». Pas que je me plaigne, au contraire, mais cela me paraît étrange.

Du coup, je reste toujours sur mes gardes ! Je ne fais plus confiance à personne, ni à mes compagnons de classe, ni aux adultes qui gèrent parfois les conflits de manière trop rapide et injuste sans essayer de comprendre ou d’y voir clair. Peut-être en sont-ils simplement incapables ?

Je me sens seul, car quoi que je fasse, ce n’est jamais positif : lorsque j’essaie de jouer avec les autres, on me dit que je m’incruste, que j’accapare les gens ou encore que je les harcèle...

Et lorsque je m’isole, j’entends des mots comme « asocial », « anormal », « débile », « autiste » : que des compliments qui font chaud au cœur et qui m’encouragent à me fermer encore plus.

Ce soir, je suis fatigué, à mon avis, je n’irai pas me coucher très tard. Mais avant, je dois encore accomplir les tâches journalières : vérifier que tout est en ordre pour demain, cartable, collations, boissons.

Je prépare aussi ma tenue, car ce n’est pas facile d’assortir ses vêtements le matin lorsqu’on n’est pas encore bien éveillé et vérifie aussi qu’il n’y a pas d’étiquette, je ne les supporte pas. D’ailleurs, dès que j’ai de nouveaux vêtements, avant même de les passer à la machine, maman découpe toutes les étiquettes et si par malheur, on en oublie une, ça gratte à m’en arracher la peau...

Ensuite, je file prendre une bonne douche : l’eau chaude me détend... par contre, pas de produits qui sentent trop fort, car cela me dérange fortement, mon nez chatouille et mes yeux brûlent, sans parler des effets de tous ces savons parfumés sur la peau...

Dernière étape, le brossage de dents !

Hop, sous la couette et dodo !

Maman fait la vaisselle dans la cuisine, la machine essore le linge dans la buanderie et la chaudière fait un bruit infernal dans le garage, un avion vole au-dessus de notre quartier, le chien des voisins aboie dans le jardin : encore et toujours du bruit. Comment m’endormir dans ces conditions ?