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Copyright © 2015 Anna Staniszewski

Copyright © 2015 Erin Murphy Literary Agency

Titre original anglais : The gossip file

Copyright © 2017 Éditions AdA Inc. pour la traduction française

Cette publication est publiée avec l’accord d’Erin Murphy Literary Agency

Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire.

Éditeur : François Doucet

Traduction : Jo-Ann Dussault

Révision linguistique : Isabelle Veillette

Correction d’épreuves : Nancy Coulombe, Émilie Leroux et Féminin pluriel

Conception de la couverture : Mathieu C. Dandurand

Photo de la couverture : © Thinkstock

Mise en pages : Kina Baril-Bergeron

ISBN papier 978-2-89767-903-3

ISBN PDF numérique 978-2-89767-904-0

ISBN ePub 978-2-89767-905-7

Première impression : 2017

Dépôt légal : 2017

Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Bibliothèque et Archives Canada

Éditions AdA Inc.

1385, boul. Lionel-Boulet

Varennes (Québec) J3X 1P7, Canada

Téléphone : 450 929-0296

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www.ada-inc.com

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Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque
et Archives Canada

Staniszewski, Anna

[The Gossip File. Français]

Le dossier des potins

(Ménage et potins ; tome 3)

Traduction de : The Gossip File.

Pour les jeunes

ISBN 978-2-89767-903-3

I. Dussault, Jo-Ann. II. Titre. III. Titre : The Gossip File. Français.

PZ23.S72Do 2017 j813’.6 C2017-940529-2

Diffusion

Canada : Éditions AdA Inc.

France : D.G. Diffusion

Z.I. des Bogues

31750 Escalquens France

Téléphone : 05.61.00.09.99

Suisse : Transat 23.42.77.40

Belgique : D.G. Diffusion 05.61.00.09.99


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À tous ceux et celles qui ont un jour souhaité

être quelqu’un d’autre.

Chapitre 1

Rachel, combien de pierres as-tu mises dans cette valise ? demande maman en sortant ma valise du coffre de sa fourgonnette cabossée.

Evan, mon petit ami beau à mourir, se précipite pour l’aider à déposer la vieille valise sur le trottoir devant le terminal de l’aéroport. Elle appartenait à maman, à l’époque où elle voyageait à d’autres endroits que le Connecticut pour rendre visite à sa sœur.

— Tiens, crotte de nez à la con ! lance Evan en me tendant ma valise.

Je suis tellement habituée au surnom ridicule qu’il me donne que je ne lève même pas les yeux au ciel. Je lui souris plutôt timidement et je le remercie.

Evan me rend mon sourire, mais ses yeux verts ne brillent pas comme d’habitude. Nous faisons tous les deux semblant que le fait d’être séparés durant deux semaines ne nous dérange pas, mais c’est moche que je doive partir quand tout va finalement bien entre nous deux. De plus, je crois qu’il était sur le point de m’embrasser cette semaine. Mais j’imagine que nous devrons attendre que je revienne de mon séjour chez mon père, en Floride. Je doute sérieusement que mon premier baiser aurait lieu à l’aéroport devant ma mère.

Saloperie de poisson rouge ! Et si c’était ce qu’Evan avait planifié ? Ma mère ne cessera jamais de me le rappeler ! Je saisis ma valise les mains tremblantes et je ­traverse précipitamment le terrain de stationnement.

Je ne ralentis qu’une fois arrivée au comptoir d’enregistrement. J’ai essayé de ne pas paniquer à l’idée de voyager seule, mais la vue de tous ces étrangers munis de valises me rend encore plus nerveuse. Avec la chance que j’ai, je vais me retrouver accidentellement à Omaha plutôt qu’à Orlando.

Maman doit remarquer que mes yeux sont sur le point de sortir de leurs orbites parce qu’elle pose sa main sur mon épaule et me demande :

— Es-tu certaine à propos de ce voyage ?

Je pousse la boule de peur le plus loin possible dans mon estomac. Je rêve d’aller à Disney World avec mon père depuis l’âge de six ans. Je ne peux pas rater cette occasion parce que j’ai peur de prendre l’avion seule.

— Ouaip. Il y a fort à parier que je ne vais pas mourir dans un écrasement d’avion, n’est-ce pas ?

Maman secoue la tête.

— Est-ce censé être rassurant ? Au fait, j’ai vérifié la météo en Floride, ce matin. Il va faire près de 38 °C.

Elle essuie son front comme si la simple pensée la faisait suer.

— Il a fait 32 °C, l’autre jour, lui souligné-je. D’ailleurs, je suis certaine que papa a la climatisation.

D’accord, aller en Floride l’été n’est peut-être pas idéal, mais comme l’école recommence dans quelques semaines, ce sera bien d’être enfin en vacances. J’ai passé tout l’été à travailler pour l’entreprise d’entretien ménager de maman, à suivre des cours de pâtisserie et à organiser un concours de pâtisseries (sans compter les mauvais coups que j’ai faits à des gens et la pagaille que j’ai semée). Ce sera un soulagement de me prélasser au bord de la piscine, de me détendre et de passer du temps de qualité avec mon père.

Evan se tient en retrait pendant que ma mère et moi allons m’enregistrer au comptoir de la compagnie aérienne. Nous faisons la file pendant quelques minutes jusqu’à ce que l’agent nous fasse signe d’avancer sans même nous regarder.

— Quelle est votre destination, aujourd’hui ? demande-t-il d’un ton monocorde.

— Omaha, lâché-je en lui tendant la confirmation de vol que ma mère m’a donnée.

L’homme lève enfin les yeux sur moi.

— Pardon ?

— Je veux dire Orlando. Orlando ! Là où se trouve SeaWorld avec toutes les baleines !

Il fronce un sourcil, puis il regarde ma mère.

— Qui est-elle ?

— Je suis sa mère, intervient maman. Je vais ­l’accompagner jusqu’à la porte d’embarquement, alors je crois que je vais avoir besoin d’un permis spécial pour franchir le contrôle de sécurité.

L’homme prend son permis de conduire et l’examine longuement. Puis, il regarde de nouveau maman et je sens qu’il est sur le point de les prononcer, ces mots qui font que mon estomac devient dur comme une pierre.

— Elle ne vous ressemble pas, commente-t-il.

— C’est ma fille, insiste maman en m’étreignant avec son bras protecteur. Mais elle ressemble à son père. Il est Coréen.

L’homme hoche la tête, mais je vois bien qu’il a quelques doutes à notre sujet. Croit-il que ma mère m’a volée ou quelque chose du genre ? Ou parce que je n’ai pas les cheveux blonds comme elle, que nous essayons de la faire entrer clandestinement dans l’aéroport ?

Juste au moment où je crois que mon estomac va disparaître dans un trou noir, l’homme pousse un soupir et saisit ma valise. Puis, il me tend une immense carte que je dois porter autour du cou. Elle crie presque Mineure non accompagnée qui voyage seule.

Finalement, nous nous rendons au contrôle de sécurité. Le moment est donc venu de dire au revoir à Evan.

En me dirigeant vers lui d’un pas traînant, je constate que je n’ai pas vraiment réfléchi au fait qu’il m’accompagnerait à l’aéroport. Quand Evan me l’a proposé, j’étais excitée qu’il veuille venir me saluer à l’aéroport comme un vrai petit ami le ferait. Je n’ai pas pensé au fait qu’il serait seul avec ma mère durant tout le trajet du retour. De quoi vont-ils bien parler ?

— Bon, dit-il. J’imagine que tu dois partir maintenant, n’est-ce pas ?

Je hoche la tête.

— Ils vont bientôt procéder à l’embarquement.

— Eh bien, reprend-il en regardant ses chaussures sport. Envoie-moi un texto dès que tu atterris afin que je sache que tu t’es bien rendue là-bas, d’accord ?

— D’accord.

Au moment où il lève les yeux sur moi, je retiens mon souffle. Son visage semble complètement dire : « Je vais t’embrasser. » Le baiser va vraiment arriver !

Mais non. Ma mère est ici. Même si elle ne regarde pas dans ma direction (sans doute pour nous donner un peu d’intimité), j’ai tout de même la sensation que son regard me traverse tel un rayon laser.

Evan fait un pas vers moi et je me mets à paniquer. Que faire ?

— Si tu cherches un sujet de conversation avec ma mère pendant le trajet du retour, parle-lui de la musique quand elle était enfant. Elle ne cessera pas de bavarder pendant des heures.

Evan plisse son front.

— D’accord. Merci du conseil.

Aaaarrgh ! Pourquoi est-ce que la situation doit être aussi embarrassante ? Pourquoi ne suis-je pas capable d’être brave comme ma meilleure amie, ­Marisol ? Elle aurait embrassé le garçon et ce serait fait, peu importe qui regarde.

— Bon, ajoute-t-il. Amuse-toi. Tu… tu vas me manquer.

Mon visage rougit.

— Tu vas me manquer, toi aussi, chuchoté-je.

Puis, je le sens. Le visage d’Evan s’approche du mien. L’odeur de menthe de son haleine et la chaleur de sa peau s’approchent de plus en plus. Pendant une seconde, j’ai l’esprit complètement vide. Je ne peux pas le croire. Mon premier baiser aura vraiment lieu… devant ma mère !

Juste au moment où les lèvres d’Evan sont sur le point de se poser sur les miennes, je tourne la tête. La bouche d’Evan aboutit sur mon oreille.

Saloperie de pastèque pochée ! Evan a vraiment essayé de m’embrasser. Et j’ai tourné la tête !

Il tousse et recule.

— Euh… alors, amuse-toi, répète-t-il, le visage rougissant.

— Je… je suis désolée. Ce n’est pas que… en présence de ma mère…

Pourquoi ma stupide tête m’a-t-elle fait réagir ? Qu’est-ce que ça peut bien faire que maman soit là ? Elle ne regarde même pas ! Le moment aurait pu être parfait et j’ai tout gâché !

Je peux peut-être réparer la situation. Si je me serre contre lui et que je l’embrasse, alors tout sera rentré dans l’ordre. Fais-le, m’intimé-je.

— Rachel ! appelle ma mère par-dessus son épaule. Il est temps de partir.

Le moment vole en éclats comme une canne en sucre tombée par terre. Nous nous regardons, Evan et moi, pendant une longue seconde.

— Si seulement je ne devais pas partir, dis-je doucement. Si seulement…

Si seulement je pouvais être le genre de personne qui ne se soucie pas de ce que les autres pensent, le genre qui fait ce qu’elle veut. Mais je crois que cette Rachel n’existe que dans un univers parallèle où tout le monde mange des petits gâteaux pour le ­petit-­déjeuner et où personne ne doit aller au cours d’éducation physique.

— Ça va, me rassure Evan en donnant une petite tape sur mon nez avec son doigt. Ce n’est pas si long, deux semaines.

Je sais qu’il a raison, mais on dirait que j’ai transformé le moment parfait de nous dire au revoir à l’aéroport en un malaise général.

Je tremble encore lorsque nous franchissons le contrôle de sécurité, maman et moi. Arrivées à la porte d’embarquement, il est temps de dire un autre au revoir.

Ma mère me serre dans ses bras et se met à pleurer dans mes cheveux.

— Maman, dis-je doucement.

J’essaie de penser à quelque chose de réconfortant à lui dire, mais je me fige toujours quand les gens deviennent vraiment émotifs.

— Euh… Au moins, il n’y a pas de requins à Orlando, alors tu n’as pas à t’inquiéter que je sois la victime d’un requin, n’est-ce pas ?

Elle pousse un petit rire et cesse de m’étreindre.

— Orlando n’est même pas située au bord de l’océan, souligne-t-elle en essuyant ses yeux.

— Exactement. Pas de requins. Je vais bien aller. Est-ce que tu vas bien aller ?

Maman hoche la tête en reniflant.

— Je vais être pleinement occupée à chercher un appartement et à faire le ménage chez les clients des Coccinelles du ménage.

Elle se penche et m’embrasse sur la tête.

— Ne t’inquiète pas pour moi. Amuse-toi simplement avec ton père.

Je me sens mal que maman doive travailler comme une déchaînée et chercher un appartement pour nous pendant que je serai en vacances, mais je ne pouvais pas dire non quand mon père m’a demandé de lui rendre visite. De plus, la vente de notre maison pourrait prendre des mois, alors je doute que maman trouve un nouvel appartement sans moi.

— Je t’aime, ajoute-t-elle. Tu sais, j’avais à peu près ton âge la première fois que j’ai voyagé. J’ai découvert tant de choses sur moi cet été-là. L’expérience m’a montré quel genre de personne je pouvais être.

Ouf ! Maman commence vraiment à devenir mélodramatique.

— Bon. Je devrais partir.

Je la serre une dernière fois dans mes bras. Si nous étirons cette conversation encore un peu, je vais me mettre à pleurer, moi aussi.

Quand maman me laisse enfin partir, je ne peux pas m’empêcher de jeter un coup d’œil à l’endroit d’où nous sommes venues, bien qu’Evan doive être déjà à l’autre bout de l’aéroport.

Je devrais avoir l’impression d’entreprendre une aventure. Je devrais être excitée de quitter enfin la ­maison et d’aller voir mon père. Mais je ne peux pas m’empêcher de souhaiter avoir encore une minute de ma vie normale avant de partir.